Marie DURAND

Marie Durand voit le jour en 1711. Ses parents n’avaient absolument pas conscience qu’elle deviendrait une des plus grandes figures emblématiques des Huguenots (le nom donné aux protestants par les catholiques à cette époque). Afin de bien comprendre la période dans laquelle Marie est née, revenons 130 ans en arrière, où nous arrivons en pleine guerre de religion entre les catholiques et les protestants. Cette période sombre connaîtra une courte accalmie avec l’arrivée du roi Henri IV. En effet, en montant sur le trône, il promulgue l’édit de Nantes. Qui est un édit de tolérance, donnant aux protestants des droits de culte, des droits civils et des droits politiques.

Malheureusement, quelques années plus tard, le roi Henri IV est assassiné et les guerres de religion reprennent de plus belle. Pire encore, l’arrivée du roi Louis XIV envenime les choses lorsqu’il révoque l’édit de Nantes pour en proclamer un nouveau: L’édit de Fontainebleau, qui lui interdit le culte protestant en France. Une terrible vague de persécutions s’abattent alors sur les protestants: Enquêtes, dénonciations, persécutions, conversions forcées, destruction des écoles, voire même enlèvement d’enfants sont le quotidien des chrétiens protestants. Ces persécutions vont emmener quelques 200 000 hommes et femmes à fuir la France pour rejoindre l’Angleterre, la Suisse, ou même l’Afrique du Sud. Une dizaine d’années plus tard, Marie Durand naît, le 15 juillet, en Ardèche.

Marie vient d’un milieu rural et est la petite sœur de Pierre, née 11 ans plus tôt. Leur père, Étienne, est un expert local foncier, c’est-à-dire qu’il fixe les prix des terrains agricoles. Claudine, leur mère, était sans doute femme au foyer. Tous deux obligés d’adopter la religion catholique, gardèrent en secret leur foi réformée, et décidèrent de donner une éducation protestante à leurs enfants. La Bible avait donc une place importante chez eux. D’ailleurs, son frère, Pierre, suite à des études de théologie à Genève, devint un des premiers pasteurs de l’église protestante clandestine. Durant cette même période, suite à une dénonciation, leur mère disparut. Marie n’avait que 8 ans.

Malgré cette terrible épreuve, son père continua d’enseigner et d’instruire Marie: lecture, écriture, calcul, alors qu’à cette époque, l’instruction des filles était peu fréquente. La famille de Marie est très surveillée, car en plus d’être pasteur, Pierre est très actif dans le réseau de reconstruction du protestantisme. Pourtant, les autorités ne parviennent pas à l’accuser ni à l’arrêter. C’est pourquoi, elles vont emprisonner leur père dans l’espoir que Pierre abandonne son ministère. Marie, se retrouvant seule à 19 ans, décide, contre l’avis de son frère, d’épouser Matthieu, un homme de 40 ans. Le mariage ne dura pas longtemps, car après seulement quelques mois, les deux époux furent emprisonnés. Matthieu au fort de Brescoux, où il retrouva le père de Marie, et Marie à la tour de constance.

Elle ne reverra ni l’un ni l’autre. Deux ans plus tard, Pierre est finalement arrêté, puis exécuté à Montpellier. Nous pourrions croire que l’histoire se termine ici, bien tristement, mais pourtant, elle ne fait que commencer.

Durant 19 ans, Marie avait été élevée par son père dans la foi. Elle avait lu la Bible et avait écouté les nombreuses prédications de son frère. Tout cela lui sera bien utile pour la durée de son emprisonnement. Lorsque Marie rejoint la tour de Constance, elle se retrouve entourée d’une vingtaine de femmes protestantes comme elle, de tout âge et de toutes conditions. Privées de liberté, mais pas totalement coupées du monde, ces femmes reçoivent des visites et de l’aide extérieure.

Malgré cela, la tour de Constance n’est pas un lieu agréable. Très humide et froid, les prisonnières ne reçoivent de la prison que de l’eau, de la paille et du pain. Marie et les autres femmes s’occupent comme elles peuvent. Couture, discussion, principalement sur leur libération et office religieux. Grâce à l’instruction reçue de son père, Marie écrit de nombreuses lettres. Notamment au pasteur nîmois Paul Rabault, chargé de s’occuper des prisonnières. Elle y raconte son quotidien, les difficultés matérielles et le rôle de la spiritualité. En effet, en se rappelant les nombreuses prédications de son frère, Marie devint à son tour une source d’encouragement pour ses congénères. Elle les aide à persévérer dans leur foi, elle chante des psaumes, lit la Bible, prie avec elles, et réussit même à se procurer une quantité de livres.

Au travers de ses lettres, son attachement à la Bible ressort sans cesse. Car elle offre à ces femmes, vivant dans un quotidien extrêmement violent, des possibilités de voir un avenir meilleur. Elle donne aussi des raisons d’espérer, de croire et de patienter. Espérer un jour sortir de prison. Oui, mais pas à n’importe quel prix. Leur seul ticket de sortie est d’abjurer, de croire dans les dogmes de l’Église catholique. Marie s’y refusera, elle résistera et encouragera les femmes à faire de même. D’ailleurs, une inscription « RESISTER» est visible encore aujourd’hui, gravée sur l’une des pierres du puits de la tour de Constance. Cette inscription est attribuée sans certitude à Marie. Car son père avait pris l’habitude de graver des choses sur les pierres de leur habitation.

En plus d’être la conductrice spirituelle des femmes prisonnières, Marie était aussi la garde malade. Elle cousait ou écrivait sous la dictée aux amis et parents de ces femmes. En janvier 1767, le gouverneur visite la tour et est révolté par le sort de ces femmes encore emprisonnées. Malgré l’opposition du ministre de Louis XIV, 14 femmes sont libérées. Marie, quant à elle, devra attendre jusqu’à avril 1768 pour être libérée. Soit 38 ans dans cette prison infâme. Elle rejoint alors sa maison natale et y décède, 8 ans plus tard, à l’âge de 65 ans.

Si Marie Durand est si connue, et si nous connaissons autant de choses sur sa vie, c’est grâce aux lettres qui ont été échangées durant toutes ces années.

Marie a écrit 48 lettres, peut-être même plus, entre 1734 et 1776. Si nous avons la possibilité de lire la Bible aujourd’hui, c’est parce que des hommes et des femmes ont écrit ce qu’ils ont vu, entendu et vécu avec Dieu. Il est important de laisser une trace, un témoignage de ce que Dieu fait dans nos vies. Combien de fois avons-nous été encouragés et fortifiés par le vécu d’un frère ou d’une sœur?

Il est tellement facile de baisser les bras et de se laisser porter par nos activités ou nos idées moroses. « RESISTER » demande un effort de notre part. Nous devons faire un choix, celui de nous lever et de tenir bon. Bien évidemment, Marie n’aurait pu être une source d’encouragement pour les prisonnières si elle-même n’avait pas vécu cette relation profonde avec Dieu et cet attachement à Sa parole.

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